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Prévention du suicide - Comment faire une différence?

Katia Dubois
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08 septembre 2016
Katia Dubois, CRHA
Conseillère en recrutement
819 472-1215, p. 226
 
Le mot suicide fait peur; on tente de l’éloigner, de l’éviter, on le prononce du bout des lèvres. Pourtant, en parler, c’est le prévenir. Il n’est pas évident de déceler les signes, de reconnaître qu’un proche, un ami ou un collègue a des idées noires. Le 10 septembre 2016 a lieu la 14ième journée mondiale de prévention du suicide, tandis qu’en janvier prochain, se tiendra la 27ième semaine nationale de prévention du suicide au Québec. Malgré toutes ces années à en parler, ce sujet demeure délicat et sensible. Dans le cadre de ce texte, nous explorons les moyens concrets de prévention, les limites juridiques de celle-ci ainsi que les indicateurs de risque du suicide, afin de vous aider à prévenir l’irréparable.

Première étape : la formation!

À ce stade initial, il faut d’abord accepter la responsabilité de faire la différence et de briser les tabous. Au Québec, nous avons à notre disposition plusieurs ressources en matière de prévention du suicide en milieu de travail. Entre autres, la formation de sentinelles, encadrée par l’Association Québécoise de Prévention du Suicide (AQPS), est d’une importance cruciale et peut faire toute la différence. (Voir le http://www.aqps.info/ ). Ce cours est donné gratuitement en entreprise et permet de former un groupe de personnes mandatées pour garder l’œil ouvert et intervenir de manière avertie. Les sentinelles jouent un rôle clé, en établissant un pont entre la personne en détresse et le réseau d’aide le plus près. À Drummondville, c’est le Centre d’Écoute et Prévention Suicide (CEPS) qui offre la formation. (http://www.cepsd.ca/). (Aussi à voir, le http://www.aqps.info/aider/devenir-sentinelle.html)
 
Les signes de détresse :

La plupart des gens pensent au suicide à un moment de leur vie. Cependant, le nombre de ceux qui y songent sérieusement est nettement moins élevé et se situe autour de 4% de la population du Québec1. Il est très important de se rappeler que la majorité des personnes qui se suicident laissent des indices de leurs intentions avant de passer à l’acte. Il est donc primordial de repérer ces signes et de ne pas rester indifférent devant cet appel à l’aide.

La majorité des gens vont en parler à un membre de la famille, à quelqu’un de leur entourage, à un collègue, mais pas toujours de manière directe. Ils utiliseront plutôt des phrases du genre : « Je me dis souvent qu’il serait préférable que je ne sois plus là » ou « Personne ne se rendrait compte de mon absence si je partais à l’étranger pour longtemps ». Il est donc primordial de prendre toutes ces menaces de suicide au sérieux. Il s’agit d’un appel à l’aide.

Les personnes suicidaires changent de comportement avant de passer à l’acte. Leur attitude changeante peut s’expliquer par la dépression, l’apathie, le pessimisme ou l’irritabilité. Le manque de motivation et l’oubli de certaines tâches à effectuer au travail en sont aussi. Ces symptômes sont des indicateurs que quelque chose ne va pas. Il est important de poser des questions directes pour savoir ce qui cloche.

Les personnes qui pensent sérieusement au suicide ont un intérêt particulier pour les manières de mettre fin à leurs jours. À titre d’exemple, la personne qui songe à s’enlever la vie peut tenter de s’acheter une arme à feu, consulter des sites sur le sujet et même s’entraîner à faire des nœuds. Le piège serait de penser que ce n’est qu’un moyen pour attirer l’attention; la plupart du temps, il s’agit plutôt d’un signe de détresse. Donc, prenez-le au sérieux.

Les facteurs de risque :

Certains facteurs dans la vie d’une personne peuvent donner d’autres indices quant aux motivations d’une personne à s’enlever la vie.
 

Les prédispositions : celles-ci sont reliées à l’histoire de vie d’une personne et la rendent plus vulnérable. Ex : Abus, violence, problèmes de santé mentale, parent ou proche ayant passé à l’acte.

Les contributeurs : ils accentuent le niveau de risque à un moment précis. Ex : abus de substances, manque de ressources, idéations suicidaires antérieures.

Les déclencheurs : il s’agit de la goutte qui fait déborder le vase. Ex : peine d’amour, échec, ou tout autre événement de vie difficile et récent.

Heureusement, il y a aussi :

Les facteurs de protection : ceux-ci réduisent l’impact des trois autres facteurs. Ex : disponibilité de ressources dans l’entourage, présence de modèles sains, etc.

 

Tendre la main

Face à un employé qui ne va pas bien, il est possible que vous sentiez un inconfort à lui parler directement de ce que vous avez observé et qui vous inquiète dans son comportement. Choisir les bons mots et le moment d’intervenir n’est pas évident non plus. Il est donc important de rester soi-même et d’établir un climat de confiance avec cet employé. La seule façon de savoir si une personne vit des difficultés, c’est de lui demander directement. Essayez de comprendre ce qui la trouble et aidez-la à verbaliser ce qui ne fonctionne pas. Si vous suspectez un danger, remettez-lui les coordonnées du Centre de Prévention Suicide, accessible 24 heures par jour : 819-477-8855 (pour la région de Drummondville). Encouragez également la personne à utiliser votre Programme d’Aide aux Employés (PAE) s'il en existe un dans votre organisation. Le reste du chemin lui appartient, mais en lui tendant la main, vous l’aurez aidée à faire les premiers pas pour retrouver le goût de vivre. (http://www.cepsd.ca/)

Le secret professionnel : article 9 de la Charte des droits et libertés de la personne

Après avoir identifié un employé en détresse, peut-on divulguer cette information sans briser le secret professionnel? La réponse est oui et il est important de le faire. Même si vous avez le sentiment de vous immiscer dans les affaires privées d’un employé, cette intervention pourrait lui sauver la vie.

L’article 9 de la Charte des droits et libertés de la personne prévoit que   :

« Toute personne tenue par la loi au secret professionnel et tout prêtre ou autre ministre du culte ne peuvent, même en justice, divulguer les renseignements confidentiels qui leur ont été révélés en raison de leur état ou profession, à moins qu’ils n’y soient autorisés par celui qui leur a fait ces confidences ou par une disposition expresse de la loi. Le tribunal doit, d’office, assurer le respect du secret professionnel. »

Cependant, depuis 2001, le Code des professions fait exception au secret professionnel, lorsqu’il s’agit de prévenir un acte de violence. L’article 60.4, alinéa 3 du Code prévoit en effet que :

« Le professionnel peut en outre communiquer un renseignement protégé par le secret professionnel, en vue de prévenir un acte de violence, dont un suicide, lorsqu’il a un motif raisonnable de croire qu’un danger imminent de mort ou de blessures graves menace une personne ou un groupe de personnes identifiable. Toutefois, le professionnel ne peut alors communiquer ce renseignement qu’à la ou aux personnes exposées à ce danger, à leur représentant ou aux personnes susceptibles de leur porter secours. Le professionnel ne peut communiquer que les renseignements nécessaires aux fins poursuivies par la communication. » (http://www.portailrh.org/services/professionnel/fiche.aspx?f=86662)

Par le fait même, une fois qu’un employé dévoile ses intentions suicidaires, on doit intervenir pour prévenir un acte de violence comme le suicide.
 
PAE

Malgré tous les efforts déployés pour prévenir le suicide chez vos employés, l’irréparable pourrait se produire. En tant que gestionnaire, prenez le temps de prévoir un plan d’action dans le cas où un tel évènement surviendrait. Les 24 à 48 heures suivant le drame sont cruciales2. Le but d’une telle intervention est de calmer, d’aider et d’accompagner les employés suivant cet évènement traumatisant. Nous vous recommandons d'utiliser les services d'un psychologue afin de vous accompagner dans cette démarche.

Vous voulez approfondir certains propos de ce blogue? Vous voulez être accompagné dès les étapes d’implantation d’un programme de formation dans votre entreprise? Contactez-nous, 819-472-1215, Lambert Ressources Humaines, Votre partenaire RH!

 


Sources :

1 Comprendre le suicide, Brian L. Mishara et Michel Tousigant, 2012
2 Guide d’intervention post traumatique en milieu de travail, Centre de recherche et d’expertise en services de santé (CRESS), septembre 2006